Le Costume Juif du Maroc


Selon Jean Besancenot, dans son livre Costumes du Maroc« la population Juive était intégrée à la vie marocaine sous ses diverses formes et en tous lieux, avec des spécificités ».

Dans son étude descriptive et exhaustive du costume Juif du Maroc (1934-1939), Besancenot écrivait que : «  dans les villes, cohabitent au sein de la communauté Juive, le vêtement traditionnel et le vêtement Européen. La tenue des femmes essentiellement, au mellah, se compose de la camisole, bata, de la longue jupe froncée, souvent à volants, saya, et du châle de laine, pagnouelo.

Les filles s’habillent le plus souvent de robes de confection européenne, généralement de couleurs vives.

La coiffure est, pour toutes, faite d’un foulard de soie qui est la même sebniya roumiya que celle adoptée par toutes les musulmanes citadines.

La tradition est conservée dans le costume du mariage, Keswa el kebira, caftan de la mariée juive. Elle est revêtue par la mariée et les parents de celle-ci durant les cérémonies des épousailles. Elle est à peu près la même dans toutes les villes du Maroc. La Keswa el kebira est entièrement en velours, généralement vert ou bleu pour les villes de l’intérieur et rouge grenat pour les villes de la côte et du sud. »

Ce caftan juif « keswa el kebira » se compose de plusieurs éléments :

La jupe, zeltita (la tournante), une sorte de jupe portefeuille qui se replie de gauche à droite. Elle est garnie de nombreux galons d’or. Un corselet largement échancré, à manches courtes, rombaïz, également surchargé de galons d’or. De longues et larges manches de mousseline, les kmam tchmira, s’attachent aux mancherons du corselet. Une grande ceinture, hzam, d’épais lamé or, pliée en trois, fait plusieurs fois le tour de la taille.

Une coiffe accompagne souvent keswa el kebira. C’est une perruque sous forme de soualef, formé de deux franges de faux cheveux faits de fils de soie noire, réunis en deux nattes, dlalat, qui tombent de chaque côté du visage, devant les épaules.

C’est le père de la mariée qui offrait à sa fille, pour son mariage, la keswa el kebira que celle-ci revêtait ensuite, durant toute sa vie, à l’occasion de grandes fêtes : mariages, circoncisions, bar-mitsva,…etc.

De nos jours, la keswa el kebira est toujours d’usage, portée par la mariée juive pendant la cérémonie de hénné.

Selon toujours Besancenot, il est intéressant de savoir que les femmes juives se voilaient autrefois, tout comme les musulmanes. «Les femmes mariées ne sortent jamais qu’enveloppées de leur haïk » notait le docteur Lemprière au cours de son voyage, en 1791.

La keswa el kebira était portée par les femmes juives des mellah des grandes villes où s’est installée une communauté de juifs andalous, les séfarades, à : Rabat, Salé, Tanger, Tétouan, Meknès, Fès, Marrakech, Essaouira, Safi et jusqu’à Tiznit.

Dans les mellahs de l’Anti-Atlas, à Talaïnt, Ifrane ou Tahala, les juives portaient Keswa el kebira. Il ne s’agit pas d’une réplique  exacte de ce costume.

Le corselet et le plastron sont les mêmes : même coupe, même abondance de galons dorés, on l’appelle qaftan. Par contre, la jupe est de  la même forme que la saya, taillée dans une étoffe riche de velours ou de soie ; elle est toujours nommée zeltita.

En général, keswa el kebira, ce costume de fête était porté, selon Besancenot, dans tous les mellahs de l’Anti-Atlas. Au-delà et plus au sud, les juives étaient drapées de cotonnades blanches exactement comme les femmes berbères musulmanes de ces régions.

Dans les villes, la tenue de l’homme est constituée d’abord par une chemise à petit col droit, tshamir, maintenue dans le serwal, pantalon large et bouffant, serré sous le genou, le même que celui des musulmans citadins et des juifs ruraux. Au-dessus de la chemise, un long gilet, bediîyya, fermé par une rangée de nombreux petits boutons. Le citadin juif portait enfin une sorte de longue blouse, Zokha, ouverte sur le devant et serrée à la taille par une ceinture de soie rayée, kerziya. Le juif citadin portait également la jellaba, le vêtement de dessus des musulmans. La coiffure se composait d’une chachiya.

Dans les régions berbères, au-delà de l’Anti-Atlas, et plus au sud la juive berbère s’habillait comme la berbère musulmane. Elle ne portait pas de vêtements cousus, elle se drapait dans une longue pièce d’étoffe, l’Izar –cotonnade ou laine fine – retenue sur le devant des épaules par deux fibules, plus ou moins serrée à la taille par une ceinture. Une robe – chemise – pouvait faire usage de vêtement de dessous. Le serwal, ample pantalon, était rarement porté. En général, l’Izar est drapé de la même manière chez toutes les femmes berbères, juives ou musulmanes. Tandis que la coiffure était spécifiquement juive.

La religion interdit à la femme juive de laisser voir ses cheveux dès le jour de son mariage, mais l’usage de la perruque est tolérée à condition de ne pas contenir de cheveux humains. Pour confectionner des coiffures, les juives berbères, ont eu recours à la laine, à la soie, au poil de chèvre, aux queues de bovidés, aux plumes d’autruche. Les coiffures étaient surmontées de foulards, de diadèmes ou d’ornements d’argent.

Dans l’Atlas et les villages du sud, le hayk était le vêtement des hommes. Sa forme et ses dimensions ressemblaient à celles de l’Izar, le drapé des femmes berbères. L’étoffe du hayk était épaisse et tissée localement, de fils de coton et de laine. La chachiya noire était la coiffure de tous les juifs berbères. Après l’abandon du hayk traditionnel, les juifs adoptèrent la jellaba noire, comme les citadins. La chachiya noire était retenue par un foulard de tête bleu ou noir à pois blancs.

Dans ces régions du sud, le juif berbère portait le burnous noir, appelé selham. Il portait également la derra, longue chemise blanche à larges manches.

 

Bibliographie :

Jean Besancenot, Costumes du Maroc, éd. La croisée des chemins/ Edisud, Aix-en-Provence, Casablanca, 2000.

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