I – Elie J. Nahmias



Elie J. Nahmias

Nul neparle mieux d’un bibliophile, dit-on, que sa bibliothèque. Celle d’Elie J. Nahmias fut aussi riche qu’est difficile à écrire le récit de sa vie. Né en 1908 à Gümülcine, ville ottomane voisine de Salonique, d’un père industriel qui le guide, avec ses deux frères Joseph et Marcel, vers la recherche et l’industrie pétrolière, il passa par la Yougoslavie, l’Angleterre et la Suisse avant de s’établir à Paris et d’y devenir français. Homme discret et avisé, chargé de hautes responsabilités dans plusieurs compagnies dont British Petroleum, Petrosarep et Pétrofrance, il demeure toute sa vie attaché au judaïsme séphardi dont il est issu, ainsi qu’à l’Espagne, terre ancestrale, et en particulier à la ville de Cordoue dont il réhabilite une part importante du patrimoine juif, agissant toujours avec humilité, pour les œuvres et non pour lui, sans l’orgueil du mécène, ce qu’il était pourtant plus que quiconque. Bibliophile passionné, il laisse, à son décès le 28 novembre 1994, une collection de manuscrits et d’imprimés d’une rare richesse, reflétant, entres autres, tous les aspects du judaïsme hispano-portugais et levantin. Peut-être fut-ce sa manière de se réapproprier le passé perdu de son identité de Séphardi que tout liait à ces mondes disparus, dont les livres étaient les seuls témoins. Nahmias semblait en effet rechercher tant les reliques de la grande Espagne du siècle d’Or, siècle de l’Inquisition triomphante et des Marranes également, que les échos de la diaspora séphardite, d’Amsterdam à Smyrne. Recueillant toutes les productions intellectuelles d’une civilisation assassinée, cherchait-il à la faire revire ? Etait-ce son espoir lorsqu’il décida de léguer ce précieux fonds à l’Alliance Israélite Universelle ? Espérons en tous cas y être parvenus, par la présente exposition qui offre à quiconque d’entrer aujourd’hui dans la bibliothèque d’Elie J. Nahmias, pour en voir les plus brillantes facettes.